Axe Sud - Ecole supérieur d'arts Graphiques et de Communication visuelle à Marseille et Toulouse

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En plein boom !

Est-ce que les jeunes diplômés dotés d’une formation en dessin, BD et illustration numérique ont de sérieuses opportunités professionnelles ? Oui, répond Cyril Le Pesant, diplômé d’Axe Sud, aujourd’hui dirigeant du studio d’animation et de production KNIGHTWORKS. Fort de son expérience en France et en Chine, il nous donne sa vision d’un marché international en expansion et dans lequel la France possède des talents reconnus aux EU, en Chine, au Japon et un peu partout dans le monde…

Est-ce que la filière “films d’animation“ connaît un fort développement actuel ?

C.L.P. : La filière de l’animation se développe, les chiffres parlent d’eux-mêmes : le nombre de studios d’animation et de production en France est passé de 69 en 2004 à 119 en 2014, celui des salariés de 3400 à 5500 (+63%) durant la même période, et les estimations d’emploi sont de 3000 postes pour les 5 ans à venir. Ca ouvre de belles perspectives !

 

Quelle est la place de la France dans ce domaine d’activité ?

C.L.P. : Aujourd’hui, trois pays caracolent en tête dans la filière des films d’animation: les Etats-Unis avec des studios comme Pixar, Disney, Dreamworks, le Japon avec leur culture du manga et des studios de renommée internationale, comme le Studio Ghibli (Miyazaki) ou Studio 4°C et la France.

A l’heure actuelle, les projecteurs internationaux sont braqués sur l’Hexagone. Nous possédons une richesse culturelle et artistique de premier ordre, avec de très bonnes formations et des talents reconnus mondialement. Les Gobelins sont considérés comme la meilleure école d’animation au monde. Même les Américains débarquent en France pour réaliser leurs films avec les talents des studios français, boostés par les aides de région ou le crédit d’impôt. Des mesures attractives, un environnement favorable, un savoir faire… tout cela suscite un engouement qui dépasse le cadre de nos frontières et assure un rapport qualité/efficacité de production agréé par les Américains !

 

Comment faire sa place dans cet univers lorsqu’on est un studio français indépendant ?

C.L.P. : La marque de fabrique de KNIGHTWORKS commence à être reconnue au niveau international et le long métrage “En attendant les papillons“ a comme ambition de la faire émerger. Le style graphique choisi pour ce projet est à priori encore jamais vu sur les écrans. En tant que studio indépendant, il est essentiel de trouver son style et d’essayer de se démarquer. Et il y a là une véritable carte à jouer, car nous subissons moins de contraintes que les gros studios qui ont tendance à lisser les créations, pour diminuer la prise de risques afin de plaire au plus grand nombre. Les films d’animation sont aujourd’hui une industrie avec d’énormes contraintes financières. Quoiqu’il en soit, un film reste un pari qui est lié à de nombreux facteurs. S’il pleut le jour de sa sortie, par exemple, c’est jour de chance… Les entrées seront plus nombreuses !

 "En attendant les papillons"

Quelle est la force de votre studio ?

C.L.P. : Au sein de KNIGHTWORKS, nous aimons raconter des histoires, faire rêver nos publics. Un film d’animation est un bouquet de saveurs, une bouchée de rêves, d’horizons inédits qui prennent vie au travers des images créées.

Même si notre objectif et notre terrain d’expression reste le long métrage, nous prenons également plaisir sur un court métrage, une pub dédiée à un constructeur automobile chinois ou une école de management. Et cela nous permet  d’expérimenter de nouvelles techniques tout en bénéficiant d’un cadre extrêmement exigu dû aux contraintes de production, aux exigences financières ou aux délais. C’est un challenge… un peu comme l’étaient les premiers films d’horreur sur lesquels les producteurs manquaient cruellement de moyens (ou de technologies) pour réaliser des effet spéciaux. Les techniques narratives déployaient alors tout leur talent pour suggérer la sensation d’effroi. Même si nos techniques sont plus performantes, l’histoire et sa narration au fil d’images façonnées pour donner au spectateur des sensations inconnues et des émotions restent la clé du film d’animation. C’est cet alliage d’une belle histoire transcrite dans un scénario et un style graphique en adéquation qui est notre marque de fabrique. Ou du moins, c’est la direction que l’équipe de KNIGHTWORKS essaye d’emprunter…

 

Avec quels partenaires internationaux travaillez-vous ?

C.L.P. : Le marché américain reste assez protectionniste et pas évident à pénétrer. Nous travaillons peu avec eux bien que nombre de jeunes français s’y expatrient et bossent dans leurs studios d’animation. Nous collaborons en revanche de plus en plus avec la Chine dont le marché offre de très belles perspectives.

Le film d’animation s’exporte assez facilement et cela est lié à plusieurs raisons : les histoires contées ont souvent des résonnances universelles, transposables d’une culture à l’autre, les personnages sont moins typés, leur identité visuelle s’émancipe des appartenances ethniques, elle est avant tout artistique, ludique… Le spectateur peut s’y identifier plus facilement, quelque soit son origine, sa culture. Ce qui est moins évident dans le cas d’un acteur français qui déguste son café à une terrasse parisienne ou dans un film en prise de vue réelle ! Le film d’animation transcende les cultures, mélange les époques, les humains, le monde animal et végétal. Aucune frontière de temps, d’espace… Les enfants comme les parents peuvent l’apprécier, et sur plusieurs générations. Blanche Neige n’a pas pris une ride…

 

En terme de métiers, quels sont les besoins d’un film d’animation ?

C.L.P. : Le film d’animation représente toute une réalité, un monde à créer d’un bout à l’autre. Tout est à concevoir de la petite cuillère aux décors, aux personnages, à leur caractère, sans parler de l’histoire… Cela représente un nombre incalculable de postes et de métiers : Directeurs artistiques, chefs de projets, storyboarder, scénariste, character designer, animateur 2D, 3D, dessinateurs, illustrateurs, motion designer… Et cette liste est loin d’être exhaustive et ne pointe que les métiers liés à la production visuelle !

 Films d'animation

Qu’attendez-vous des personnes qui travaillent ou désirent travailler au sein d’un studio d’animation ?

C.L.P. : Avant tout, une très grande richesse créative, de l’ouverture d’esprit et un savoir être et travailler en équipe.  La majorité des métiers liés à la production visuelle ont une base commune qui est le dessin. Chacun l’utilise en fonction de son rôle sur le projet. L’animateur 2D ou 3D devra, outre de très bonnes compétences en dessin, posséder de véritables connaissances en anatomie, science du mouvement. C’est eux qui détiennent les ficelles des personnages et les animent. Les character designer vont concevoir les personnages, leurs expressions, leurs vêtements. Chaque élément contribue à révéler leur caractère, leur position dans le film. Les compétences attendues sont un alliage de capacité à dessiner des personnages, d’intuition psychologique, d’observations des expressions humaines, des détails, des tics… Quant aux illustrateurs en charge des décors, on attend d’eux une imagination sans frontières, des univers chargés de rêves, d’émotions, de sensations.

Tous ces postes exigent des talents de dessinateur, mais aussi l’utilisation des logiciels graphiques actuels. Posséder l’art du dessin papier et les technologies d’aujourd’hui sont souvent un plus. Il en va de même pour la modélisation 3D, les talents de sculpteurs sont recherchés. Savoir travailler la matière, posséder une science concrète des volumes, des textures facilite la transposition dans la création d’images numériques. C’est un peu l’histoire de Photoshop qui dans ses débuts, proposait les outils d’un laboratoire photo. Photoshop ne remplaçait pas la maîtrise des techniques photographiques, ça reste un outil.

 

Pour travailler dans la production d’images de films d’animations, la maîtrise du dessin reste incontournable ?

C.L.P. : Certains postes ne vont pas exiger une maîtrise en la matière, mais plutôt des qualités issues du dessin, comme le travail des perspectives, des lumières et des ombres, la science des couleurs… En tant que producteur, par exemple, mon rôle n’est plus de dessiner, mais d’apporter des idées, des solutions tout en comprenant les contraintes des graphistes, des dessinateurs ou des animateurs… Autre exemple, la personne en charge du compositing, de la conception de l’image finale, son rôle est d’assembler tous les éléments de l’image : personnages, décors, lumières. C’est son œil de directeur artistique qui ici, prime sur ses compétences en dessin. Sa vision doit être autant globale, pour garder la cohérence visuelle de l’histoire, que focalisée sur les détails.

Il existe également beaucoup de métiers techniques qui nécessitent moins de capacité en dessin.

 Films d'animation

Quelles formations préconises-tu pour travailler dans ce domaine ?

C.L.P. : Un film d’animation fait appel à de très nombreuses compétences et donc nombreuses sont les voies pour y arriver. Il n’y a pas vraiment de recette magique, plutôt un parcours qui convient à chacun et qui souvent regroupe plusieurs expériences.

Pour notre part, nous faisons généralement appel à des profils et des formations très diversifiés et complémentaires. Tout dépend aussi de l’organisation des studios et de leurs besoins.

Les profils recherchés vont souvent dépendre des projets que les studios réalisent. Non seulement le style, la technique sont importants mais aussi la personnalité du candidat. Intégrer un nouvel équipier, c’est s’enrichir d’un univers, d’une personne capable de partager nos visions, notre façon de raconter les histoires et notre style de vie au quotidien !

 

Faites-vous appel à des stagiaires chez KNIGHTWORKS ?

C.L.P. : Oui et je pense que c’est une bonne étape pour apprendre à se connaitre ! Embaucher un stagiaire nous donne le temps de le connaître au-delà des premières impressions délivrées par un CV. Nombre de personnes se révèlent après 2, 3 mois de stage et développent des compétences ou qualités non notées sur le CV. L’un va se révéler un excellent apporteur d’idées, le suivant très doué dans la scénarisation… Cette période charnière est aussi importante pour le stagiaire, l’équipe ou l’employeur : un temps privilégié pour l’intégrer, déterminer la place où il donne le meilleur de lui-même et où il se sent le plus à l’aise… et c’est aussi un excellent tremplin à l’embauche.  Actuellement, les quotas sur les stages limitent le nombre de stagiaires et donc l’opportunité d’ouvrir nos portes à des profils parfois plus éloignés de nos besoins immédiats. Une réglementation que je déplore, car il me semble que les premiers pénalisés sont les jeunes. Certains jeunes se sont formés par eux-mêmes grâce aux tutoriels ou ont fait une école, mais ne savent pas forcément se mettre en avant. Leur bagage technique et leur culture sur le sujet de l’animation en font de très bonnes recrues. Mais encore faut-il que nous ayons l’opportunité de tester leurs compétences et leur capacité à s’intégrer dans l’équipe avant de pouvoir leur proposer un poste ou une mission. 

 

Quel conseil donnerais-tu à un jeune dessinateur ?

C.L.P. : L’objectif d’un jeune diplômé est de rester ouvert aux opportunités et d’exercer ses talents de dessinateur, illustrateur sous toutes ses formes : storyboard pour le cinéma, la publicité, le film corporate, le character design pour les jeux vidéos, pour le film d’animation, illustrations pour les maisons d’éditions, les réseaux sociaux… C’est en multipliant les expériences qu’il découvrira ses forces et ses affinités. Tous ces métiers demandent du savoir faire, de la curiosité, de l’efficacité (dessiner vite et en série)… et il me semble, une capacité à oser l’inconfort. Aller dans nos retranchements nous fait avancer. 

Films d'animation 

En tant que dessinateur, animateur 2D, 3D, Motion designer,  il n’y a pas que la filière film d’animation qui recrute ?

C.L.P. : Non, en effet, la filière des jeux vidéos est aussi toujours en quête de talents et de dessinateurs qui doivent constamment affronter de nouveaux défis et créer des nouveaux univers. Le dessin reste un élément clé du jeu, puisque c’est un élément visible qui génère une forte interaction avec le joueur.

D’autres domaines sont aussi en quête de ces talents. Le monde du spectacle, les parcs d’attraction, les musées, qui font de plus en plus appel à des projections visuelles où le dessin, la photo, la vidéo, la peinture… tous les arts se conjuguent et s’entremêlent.

Les espaces d’expression dépassent le cadre du web et vont aussi certainement jouer un rôle de plus en plus important dans la formation avec la multiplication des tutoriels. Là encore, le dessin, le graphisme, la BD animée, le motion design restent des modes d’expression privilégiés, beaucoup plus impactant qu’un long discours ou qu’une interview. Un domaine en défrichage continu !

 

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