Axe Sud - Ecole supérieur d'arts Graphiques et de Communication visuelle à Marseille et Toulouse

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L'art, les artistes et le monde

Age insaisissable, crinière argentée, regard posé, Cyril Moumen aime être à la croisée des courants artistiques. Un tableau est un tout, un homme en relation avec sa ville, sa société, ses ères passées et futures. Ancien diplômé d’Axe Sud, propriétaire d’une galerie d’art contemporain à Londres, il revient à Marseille pour en ouvrir une autre. Itinéraire d’un amateur d’art contemporain et de talents.

Pourquoi avoir choisi Londres ?

C.M. : Je ne voulais pas rester à Marseille après mes études. J’ai débarqué à Londres avec mon diplôme en poche, quelques CV envoyés, un anglais dont l’imperfection me jouait des tours, quelques copains dans la City et… aucun repère !

 

Comment se sont passés tes premiers pas professionnels ?

C.M. : Je n’ai pas été directeur artistique du jour au lendemain ! J’ai commencé par nettoyer quelques stades de foot pour des nécessités alimentaires et, simultanément frapper aux portes de certains labels musicaux. Fan de musique, je possédais déjà un book conséquent de réalisations dans le domaine : pochettes de disques, affiches. Une carte de visite utile. Très vite, j’ai intégré une agence, comme graphiste, DA… ensuite j’ai créé mon agence toujours dans l’accompagnement d’artistes : communication, vidéos, site web, expos…

 

 Après la musique, l’art contemporain. Le passage s'est-il fait de lui-même ?

C.M. : Le jour, je travaillais pour les clients de l’agence ; la nuit, pour mes travaux personnels avec mon stagiaire d’alors, un étudiant d’Axe Sud, Michael Viviani. Ma première expo s’est construite d’elle-même, une collaboration avec des amis/artistes du monde entier. Chacun avait sa coloration, architecte, graphiste, digitale, artiste peintre… S’est ainsi créé un patchwork international : affiches lacérées, bribes de tableaux, photographies, travaux digitaux…une créativité sans frontières, prémisse de ma future galerie.

Le Street art m’interpellait, plus abordable intellectuellement que l’art contemporain, me semblait-il. J’ai commencé à acheter des éditions limitées, des sérigraphies que je revendais quelques semaines plus tard avec une plus value. Ce jeu est devenu un commerce. A l’époque, je ne m’occupais pas encore des originaux.

 

Ouvrir une galerie d’art contemporain au cœur de Londres était un vrai pari... risqué ?

C.M. : Un choix du cœur ! Les dates butoir de l’agence devenaient étouffantes. Les expositions se multipliaient. La galerie Nosco s’est imposée d’elle-même, une nouvelle épopée. Très vite, elle est devenue un centre d’expositions avec des pop-up un peu partout dans le monde. Du Street art, je suis passé à l’art contemporain, avec une appétence pour les artistes Sud Américains... Sans exclusité comme le démontre la reproducion ci-dessous d'un jeune artiste roumain, très prochainement exposé à la galerie Nosco de Marseille. 

 


Radu Oreian, Nitsche (Philosopher series) Oil on canvas 140 x 120 cm

Radu Oreian,
Nitsche (Philosopher series)
Oil on canvas
140 x 120 cm

 

Dans ce métier de galeriste, est-ce important de posséder un domaine d’expertise ?

C.M. : L’art contemporain de l’Amérique du Sud m’émeut plus que l’art européen. Encore la raison du cœur ! Il est imprégné des civilisations amérindiennes comme la culture Aztèque au Mexique, la culture Maya au Pérou ou indigène avec le Candomble au Brésil. Là bas, l’art est relationnel, en lien avec le quotidien, la ville, la société et les valeurs de chacun. Les techniques ancestrales sont présentes à côté des technologies d’aujourd’hui. La trame de l’art contemporain est un tout inclusif. Et l’artiste qu’il soit brésilien, péruvien… l’exprime avec une simplicité hors de toute velléité d’apparat, de bling bling. Il n’y a pas de voile. Leur sensibilité suffit. La plupart d’entre eux ne cherchent pas à nous impressionner. C’est une mise à nu de ce que nous sommes. Authentique et poétique.

 

Selon toi, existe-t-il aujourd’hui une capitale de l’art d’où émergent les nouveaux talents ? 

CM : Selon moi, il est important de ne pas suivre la mode en art contemporain. Dès que la mode s’empare d’une ville, c’est déjà trop tard. L’idéal est d’être à l’avant garde ! Dans le domaine de l’art contemporain, mon premier amour, c’est le Brésil. Durant quatre années, j’ai sillonné et participé à de très nombreuses Foires Internationales d’Art Contemporain (ARtRio – Rio de Janeiro, SPArte – Sao Paulo, ZonaMaco – Mexico, ArtLima – Perou…), suivi des résidences d’artistes, visité les galeries, rencontré des artistes. Rio de Janeiro était devenu ma seconde maison. J’y ai découvert ce mouvement aux formes très géométriques, noir et blanc essentiellement, nommé le néoconcrétisme. Ce courant est né dans les années 60’ avec des figures de proue comme Lygia ClarkLygia Pape… Un art abstrait oui, mais toujours empreint d’une dimension émotive, intuitive…

Puis le Brésil est devenu à la mode. Avec ce flash des projecteurs, journalistes, collectionneurs, galeries mondiales s’y sont intéressées. Une ruée vers l’art Brésilien, un instant où tout bascule. L’art devient alors une affaire lucrative. La création s’en ressent. Elle se fige sur les normes ou standards recherchés par les collectionneurs. La liberté, la spontanéité est ternie…

 

Quelle est aujourd’hui, ta nouvelle terre d’exploration ?

C.M. : Le Pérou possède de nombreux artistes dont certains ont déjà été exposés au Moma, Tate Modern ou au Guggenheim. Ce pays est encore préservé… mais les toiles de ses artistes commencent à bien s’exporter. Un signe.

 

ALBERTO CASARI Installation view Sao Paulo Biennale of 2012 Courtesy of the Fundacion Sao Paolo Biennale

 

ALBERTO CASARI
Installation view
Sao Paulo Biennale of 2012
Courtesy of the Fundacion Sao Paolo Biennale

Quel est le secret de ta réussite ?

C.M. : Je n’ai pas ce sentiment de réussite, mais tous les artistes que j’expose sont des amis ! J’ai de réelles affinités avec eux et le message qu’ils livrent au travers de leurs œuvres. Ma première démarche est de bien les connaître pour ensuite transmettre leur singularité, leurs valeurs auprès des publics susceptibles d’adhérer à leur travail. Sans cette connaissance de l’homme et de son œuvre, je ne peux pas faire mon travail de mise en relation… et de vente tout simplement.


Comment se déroule le travail de galeriste à l’ère de la mondialisation ?

C.M. : Aujourd’hui, le web et les réseaux sociaux sont d’excellents outils pour se brancher à ses publics. C’est essentiel de maîtriser ces passerelles digitales… mais insuffisant. Pour être légitimé, l’artiste a besoin d’être vu, reconnu par des experts ou des professionnels. Mon travail est de les accompagner sur ce chemin, de les faire connaître auprès de leurs publics potentiels au travers d’expositions, de pop-up ou de mises en contact avec des publics, collectionneurs, des institutions comme le musée Pompidou, le Palais de Tokyo, le Tate modern ou certains moins connus. Ces actions sont très  gratifiantes pour le travail de l’artiste, une reconnaissance qui, souvent renforce leur notoriété au niveau mondial.

 

Quels sont aujourd'hui, les publics amateurs d'art contemporain ?

C.M. : Je diviserai les collectionneurs en trois catégories :

- “L’amoureux“ : il a le coup de coeur pour l’œuvre, qu’importe son prix. Sa démarche n’est pas de monter une collection, ni de spéculer. Les codes du métier ou modes ne l’intéressent pas vraiment.

- Le collectionneur averti, il aime l’art et structure sa collection avec une certaine rationalité. Il cherche des artistes encore peu connus, aux tarifs abordables. Ceux-là attendent du galeriste, des informations, des conseils, le regard de l’expert pour conforter ses choix.  

- Le collectionneur expert : musées, collectionneurs privés ou fond d’investissement, banques. Ils traquent les valeurs clés de demain. Il y a aussi des institutions comme Saatchi Gallery avec qui je travaille. La revente des œuvres sert à acheter de nouvelles pièces.

 

Quelles qualités faut-il posséder pour exercer ce métier ?

C.M. : Etre passionné, aimer l’autre, le rapport humain dans toute sa complexité sans jamais oublier le respect ! Avec mes artistes, je suis le frère, le père, le confesseur, le psychologue parfois… Nosco – mot latin - signifie connaître, c’est la signature de la galerie, sa démarche originelle. Aller découvrir l’autre. Personnellement, je travaille seul, c’est assez rare dans ce domaine. Dans les galeries plus importantes, les tâches sont dissociées entre plusieurs personnes : le gestionnaire, le psychologue, le commercial…

 Lauren Seiden Cloaked, 2015 Graphite and mixed medium on paper 120 x 39 x 17 cm

Lauren Seiden
Cloaked, 2015
Graphite and mixed medium on paper
120 x 39 x 17 cm

 

Quels sont les codes du métier ?

C.M. : Je côtoie énormément de personnes très gâtées, en talents artistiques, monétaires… L’art est de rester soi-même et d’éviter de perdre le fil de soi. Se souvenir d’où l’on vient…

 

Quels sont tes projets aujourd’hui ?

C.M. : Depuis quelques mois, je travaille sur le projet d’une relocalisation en Provence. Une nouvelle aventure qui me demande de freiner  - ma frénésie de foires contemporaines en Amérique Latine ou en Europe…  Mon projet final sera bientôt dévoilé…

 

Que t’a apporté Axe Sud dans ton parcours ?

C.M. : Cette école m’a canalisé à une époque de ma vie où j’aurai pu me disperser. Avec le dessin et la créativité comme principe fondamental de sa pédagogie, j’ai trouvé mes piliers. C’est un plaisir d’y revenir aujourd’hui et de pouvoir transmettre mon expérience.

 

C’est quoi la réussite pour toi ?

C.M. : Etre heureux dans ce qu’on fait. Parfois… c’est difficile de savoir ce qu’on veut faire.

 

Un Conseil aux étudiants ?

C.M. : Ne jamais prendre le non pour une réponse.

 

Un artiste préféré ?

C.M. : Giuseppe Penone,. J’adore son travail, un dialogue sans prétention entre le corps et la nature, une transmutation de toute beauté dans sa simplicité.

 

Une ville préférée ?

C.M. : Rio de Janeiro probablement, ma deuxième maison.

 

Une qualité ?

C.M. : L’honnêteté.

 

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